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1996 - 2004 2004 - Σήμερα

Article dans le journal "LE MONDE"

Athènes, 15 Νοεμβρίου 2011

LE MONDE
80, boulevard Auguste Blanqui
75707 Paris Cedex 13

Athènes, le 7 Novembre 2011        


Messieurs,

J’estime qu’il est important d’éclaircir les faits liés à l’adhésion de la Grèce à l’UEM,  permettant ainsi une meilleure compréhension du « problème grec » en un moment critique où, suite aux évènements de la semaine dernière, les relations de confiance entre la Grèce et l’Europe ont été perturbées.

Au cours d’une récente interview présentée à la chaine TF1, N. Sarkozy, le président de la République française, a qualifié de “faux” les données statistiques procurées par la Grèce lors   de son adhésion à l’Union économique et monétaire. Il a même prétendu  que l΄admission du pays à l’euro zone  a été une “erreur” commise par les gouvernements de l’époque, dont il  n’était pas membre.

Rappelons, d’abord, les faits: les critères d’adhésion  sont établis au Traité de Maastricht et concernent le déficit budgétaire (au dessous du 3% du PIB), l’inflation, les taux d’intérêt  et la stabilisation du taux de change.  Leur réalisation est certifiée par la Commission et la Banque Centrale Européenne (BCE) tandis que la décision  est  prise par les ministres des finances au sein du conseil ΕCOFIN.

La Grèce  a adhéré à  l’euro zone sur la base des performances  évaluées pour l’année 1999. Ultérieurement, en 2004, à la suite des élections, le nouveau gouvernement du parti de « La Nouvelle Démocratie » a procédé à un changement rétroactif des règles appliquées pour l’enregistrement des dépenses militaires: au lieu de les faire enregistrer au temps des livraisons de l’équipement - comme c’était la règle à la plupart, actuellement à  la totalité, des pays européens -  les dépenses ont été transférées  au temps où les commandes avaient été effectuées.

Par conséquent, des sommes importantes qui devraient faire partie des budgets d’après 2004 ont été enregistrées comme dépenses de la période précédente – y compris l΄année 1999 - ce qui a gonflé les déficits antérieurs.

On a plusieurs fois dénoncé cette tricherie, motivée par des considérations de basse politique. Il est malheureux que M. Sarkozy la reprend en son compte, avec un grand retard, sauf s’il conteste l’intégrité des services de la Commission et de la BCE. Par ailleurs, il n’a pas su remarquer un détail suggestif de la mauvaise foi qui encadre cette discussion : le déficit budgétaire de la France en 1997, l’année de son adhésion - estimé à 3,3% du PIB -  a été  supérieur à celui de la Grèce (3,1%) même après l’ajustement de 2004.

On peut se permettre d’espérer que le paroxysme sur les données statistiques rende, enfin, sa place à une réflexion plus mûre, orientée aux conditions nécessaires pour assurer la coexistence des pays ayant de niveaux inégaux de développement au sein de l’union monétaire. Il paraît que c’est la seule voie qui garantirait la poursuite du projet européen.
Veuillez agréer, Messieurs,  l’expression de ma considération distinguée.

 

C. Simitis

 

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